Memorandum 2024 de Stop Alibaba&Co Revendications

Notre mémorandum en vue des élections régionales et communales de 2024

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Introduction

Le 9 juin 2024, les citoyens et citoyennes belges ont été amené·es à voter pour renouveler les parlements régionaux, fédéral et européen. Le 13 Octobre, de nouvelles élections auront lieu, cette fois aux niveaux provincial et communal. Stop Alibaba &Co souhaite contribuer aux débats entourant ces multiples échéances électorales à travers ce mémorandum, qui reprend :

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Partagez le plus possibles nos positionnements et envoyez-les également à vos connaissances qui se présentent sur les listes électorales. Faisons en sorte que que le futur de l’aéroport de Liège soit un thème de campagne et que les (prochain·es) responsables politiques aient nos revendications en tête durant les négociations gouvernementales.

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1. Constats généraux

1.1. Accélération de la crise environnementale

C’est un euphémisme de dire que la situation environnementale s’est aggravée ces dernières années. Selon les scientifiques, six des neuf limites planétaires ont déjà été dépassées. En Belgique, le bureau du Plan a dû constater en février dernier que notre modèle de développement n’était toujours pas soutenable « essentiellement en raison d’une série d’indicateurs environnementaux qui évoluent dans la mauvaise direction ». Les inondations de juillet 2021 ou la pandémie de covid-19 ont pourtant montré ce qu’il pouvait nous en coûter d’ignorer ces avertissements. Parmi les mesures les plus urgentes à prendre se trouvent la diminution drastique et immédiate des émissions de gaz à effet de serre ; la lutte contre la déforestation et l’artificialisation des sols ; la fin du pillage et du gaspillage des ressources non-renouvelables.  

1.2. Impasse socio-économique

Le modèle économique dominant est également dans une impasse. Selon le dernier rapport d’Oxfam, « depuis 2020, les cinq hommes les plus riches du monde ont doublé leur fortune tandis que, dans le même temps, la richesse cumulée de 5 milliards de personnes a baissé ». En Belgique, les indicateurs de développement durable montrent que la croissance économique s’accompagne d’une dégradation de la plupart des indicateurs sociaux, environnementaux et de gouvernance. C’est le signe d’un modèle qui ne profite qu’à une minorité d’entreprises et d’individus au détriment du reste de la population et de la planète. Il est donc urgent de rejeter la croissance pour la croissance et de remettre l’économie au service de la satisfaction de besoins réels et collectivement déterminés, dans le respect des contraintes environnementales et des exigences de justice sociale.   

1.3. Crise de la démocratie

Enfin, la démocratie souffre également dans la conjoncture actuelle. Les institutions formelles de la démocratie représentative, en particulier, ne semblent plus en mesure de relayer efficacement les volontés et intérêts de la population face à un pouvoir réel toujours plus concentré et confisqué. La crise de confiance qui en résulte nourrit une apathie et un cynisme dangereux qui ouvrent la voie à des personnalités et des mouvements autoritaires qui promettent de « faire le ménage ». Face à ces menaces, il est urgent d’œuvrer à une réappropriation et à un approfondissement de la démocratie par et pour les citoyennes et citoyens

2. Enjeux et perspectives autour de l’aéroport de Liège 

C’est dans ce contexte qu’en 2023, l’aéroport de Liège a obtenu le renouvellement de son permis d’environnement pour une durée de vingt ans. Dans la foulée, le conseil d’administration a publié une mise à jour de son « Master plan 2040 » qui prévoit, moyennant des investissements de 500 millions d’euros, de « doubler les vols et les emplois dans les vingt prochaines années, notamment en construisant de nouveaux parkings à avions et autres entrepôts qui finiront d’artificialiser les 350 hectares « réservés » dans les années 1990 pour le développement de Liege Airport. Ce faisant, la direction et les autorités wallonnes se placent en contradiction totale avec les défis évoqués ci-dessus.

2.1. Non-sens environnemental

D’un point de vue environnemental, tout d’abord, la trajectoire prévue est un non-sens. De nombreuses études scientifiques, relayées même par les responsables de l’aéroport, ont en effet démontré que les solutions technologiques (hydrogène, biocarburants, etc.) ne permettraient pas, à elles seules, de diminuer l’empreinte carbone du secteur aérien, à la fois dans les proportions et dans les temps requis par la lutte contre le réchauffement climatique. Il en découle qu’une diminution du trafic est inévitable. Dans ce contexte, la volonté de Liege Airport de doubler ses vols (sans parler des conséquences sur le trafic autoroutier) dans les vingt prochaines années est tout simplement irresponsable et criminelle

De la même manière, il existe aujourd’hui un large consensus scientifique autour de la nécessité d’arrêter (et idéalement d’inverser) l’artificialisation des sols pour des raisons liées à la protection de la biodiversité, le maintien de surfaces cultivables ou encore la gestion des écoulements d’eau. Dans ce contexte, la volonté de l’aéroport d’aller jusqu’au bout dans l’artificialisation des terres appartenant à la SOWAER (mais dont certaines sont toujours cultivées !) constitue donc une autre fuite en avant incompréhensible (d’autant qu’elle s’accompagne d’une double pression sur de nombreux pays du Sud, contraints de consacrer des portions croissantes de leurs propres terres à notre alimentation et/ou aux mesures de « compensation carbone » décidées dans les pays riches). 

Back To The Climate

Enfin, le développement prévu de l’aéroport de Liège aura également des conséquences dramatiques pour la santé publique (riveraines et riverains, travailleuses et travailleurs), que ce soit en raison des nuisances sonores qu’il va continuer de générer (et d’aggraver) ou encore la pollution et la contamination de l’air et des sols liés à ses activités (directement et indirectement, par exemple via l’augmentation du trafic de poids-lourds depuis et vers l’aéroport). La combinaison entre les atteintes aux systèmes cardio-vasculaires et respiratoire par le stress dû au bruit intempestif, surtout la nuit, et les atteintes simultanées par la pollution de l’air, les oxydes d’azote, les particules fines et ultrafines forme une grave menace pour le voisinage et surtout pour les personnes actives sur et autour du tarmac. La médecine du travail de l’aéroport de Schiphol vient de publier un rapport détaillé à ce sujet, amenant sa direction à réduire le nombre de vols à commencer par les vols nocturnes.

2.2. Non-sens économique

En parallèle, les projets de développement de l’aéroport de Liège constituent également un non-sens économique et social. Plus d’1,2 milliards d’argent public ont déjà été investis dans l’aéroport depuis la fin des années 1990 et le nouveau « Master Plan » prévoit un investissement supplémentaire de 500 millions d’euros. Pourtant, Liege Airport n’a jamais été rentable. Son modèle ne tient que grâce aux dizaines de millions de subventions publiques qu’il reçoit chaque année. De telles subventions pourraient se justifier si elles permettaient la création d’emplois durables et de qualité apportant une plus-value à la fois économique et sociale au développement de la Région. Or, il n’en est rien. Au contraire, même

Outre leurs conséquences environnementales catastrophiques, les activités de l’aéroport de Liège favorisent l’import-export avec des économies lointaines au détriment de notre résilience et de notre tissu économique local, mais aussi de ceux des pays (en particulier du Sud) avec lesquels nous commerçons. Leur utilité sociale est donc inversement proportionnelle à leurs conséquences négatives pour les sociétés et l’environnement. Il s’agit également d’un modèle voué à l’échec à mesure que les exigences en matière de relocalisation et de ralentissement des échanges vont se faire de plus en plus contraignantes.  Or, plutôt que d’anticiper cette situation, Liege Airport et les autorités wallonnes font le choix de la fuite en avant, en continuant d’investir (à perte) des ressources publiques pourtant limitées dans une activité destructrice et de toute façon condamnée. 

C’est d’autant plus dramatique que le nombre d’emplois créés jusqu’ici par l’aéroport est faible par rapport aux sommes investies, et leur qualité discutable, surtout si on tient compte de critères tels que la pénibilité, la dangerosité ou encore les perspectives d’évolution. On peut également se demander si c’est bien le rôle des pouvoirs publics de subsidier aussi massivement des emplois privés – et donc les profits des entreprises (pour la plupart des multinationales étrangères) dont ils relèvent, a fortiori lorsqu’il existe autant de besoins sociaux et environnementaux non satisfaits. 

Des activistes de Code Rouge à Liège
Dom Krasnyi collective

2.3. Déni de démocratie

Enfin, le développement de l’aéroport de Liège pose également question d’un point de vue démocratique. Dès son origine, son développement s’est en effet inscrit dans une dynamique technocratique descendante faisant peu de cas des territoires et des populations impactées, ainsi que des exigences minimales en termes de transparence et de reddition de comptes. En témoignent les nombreux déboires juridiques rencontrés jusqu’à aujourd’hui avec les riverain·nes (et qui ont d’ores et déjà coûté des millions en condamnation pour la Région wallonne) ou encore les scandales judiciaires qui ont fini par emporter deux des principaux « dirigeants historiques » de l’aéroport : M. Happart et M. Partoune.

Plus récemment, la procédure de renouvellement du permis d’environnement a montré encore une fois à quel point il était difficile – et souvent vain – pour les citoyennes et citoyens d’essayer de peser un tant soit peu sur des dossiers aussi complexes et décisifs pour leur avenir que celui de l’aéroport. Une difficulté d’ailleurs renforcée par le saucissonnage en vigueur dans les demandes de permis qui rend pratiquement impossible une vision et donc un débat d’ensemble sur le développement du site en tant que tel. Ce faisant, les dirigeants de l’aéroport et les autorités responsables alimentent ainsi la méfiance et le ressentiment de la population face à ce qu’elle perçoit (trop souvent à raison) comme des formes de capture d’outils et de ressources publics au détriment de l’intérêt général

3. Nos 6 revendications

Ces différents constats nous poussent à formuler les revendications suivantes :

Revendication 1

Inclusion immédiate des émissions de GES liées aux avions au départ des aéroports régionaux dans le bilan carbone de la Wallonie, avec obligation de leur faire respecter une trajectoire cohérente avec l’accord de Paris (réchauffement planétaire de maximum 2°C).

Pour respecter l’Accord de Paris, l’Europe a adopté sa stratégie « Fit for 55 » qui impose une réduction des émissions de GES de 55% sur la période 1990-2030. Néanmoins, les émissions liées aux transports (maritimes et aériens) internationaux ne sont pas concernées par ces objectifs. Cette situation absurde permet donc à l’aéroport de Liège de prétendre viser la neutralité carbone pour 2050, mais sans tenir compte des avions ! Or, le climat est évidemment indifférent à ce genre de pirouettes. Nous appelons dès maintenant la Wallonie à inclure les émissions des avions au départ des aéroports de Liège et de Charleroi dans son bilan carbone et à leur imposer une trajectoire de réduction en phase avec ses engagements internationaux. Ce faisant, nous ferons preuve de cohérence et d’honnêteté, mais aussi d’anticipation puisque cette mesure de bon sens finira tôt ou tard par s’imposer au niveau international.

Revendication 2

Application immédiate du « Stop béton » aux terrains de l’aéroport qui n’ont pas encore été artificialisés et révision du plan de secteur en conséquence. 

Dans sa version actuelle, le plan de secteur prévoit une zone maximale de 350 hectares pour le développement de l’aéroport de Liège, dont une centaine ont déjà été artificialisés à ce jour. Nous exigeons l’application immédiate du principe « Stop béton » aux plus de 200 hectares restant et la révision du plan de secteur en conséquence. La terre constitue une ressource trop rare et précieuse pour que l’on continue de la sacrifier au nom d’une vision dépassée du « développement économique ». La Wallonie croule déjà sous les friches industrielles. Inutile de prendre le risque d’en ajouter de nouvelles, en particulier compte tenu des enjeux actuels et futurs en matière de souveraineté et de sécurité alimentaire, de protection de la biodiversité ou encore de gestion des écoulements d’eau. 

Revendication 3

Imposition immédiate de normes de bruit et de qualité de l’air en accord avec les recommandations de l’OMS, ainsi que la Convention européenne des droits humains (CEDH).

La santé des riverain·es et des travailleur·euses de l’aéroport ne doit plus être une variable d’ajustement, mais bien un impératif auquel c’est au contraire à l’aéroport de s’adapter. À cet effet, nous demandons l’imposition immédiate de normes de bruit et de qualité de l’air en accord avec les recommandations de l’OMS, dans le respect des exigences de la CEDH. Nous exigeons aussi la mise en place de mesures de contrôle sérieuses et efficaces du respect de ces normes, ainsi que d’un système de sanctions permettant d’en faire appliquer rigoureusement le respect. 

Revendication 4

Fin immédiate des subventions régionales dont bénéficie l’aéroport de Liège, et réallocation des sommes dans un fonds pour la transition de l’aéroport administré conjointement par des représentant·es des travailleur·euses concerné·es, des pouvoirs publics et des riverain·es. 

Les ressources financières limitées dont dispose la Région wallonne doivent servir à soutenir la nécessaire et urgente transition écologique, et non pas les activités et les entreprises qui nous conduisent tout droit vers l’abîme. Il est plus que temps d’arrêter de subventionner l’aéroport de Liège, et que ce dernier facture aux entreprises qui l’utilisent le coût véritable de ses opérations. Les sommes économisées pourront ainsi être réinvesties dans un « fonds pour la transition de l’aéroport de Liège » qui impliquerait des représentant·es des travailleurs et travailleuses, des pouvoirs publics et des riverain·es. Ces derniers seraient chargés d’identifier un scénario de reconversion pour le site qui permettrait à la fois de répondre aux différentes urgences environnementales tout en garantissant des emplois durables et de qualité à l’ensemble des travailleurs et travailleuses actuel·les (directs et indirects) de l’aéroport. 

Revendication 5

Réforme du conseil d’administration de l’aéroport pour le doter d’une structure de contrôle et de direction véritablement démocratique.

En parallèle, nous demandons une réforme en profondeur du mode de fonctionnement de l’aéroport, en commençant par son conseil d’administration. Une entreprise à capitaux majoritairement publics et dont la nature et l’échelle des activités soulèvent des enjeux aussi importants ne devrait pas fonctionner en vase-clos. Nous demandons que le CA s’ouvre à des représentant·es des travailleurs et travailleuses, des riverain·es et des citoyen·nes liégeois·es de manière à en garantir une meilleure transparence et un contrôle véritablement démocratique. 

Revendication 6

Révision de la stratégie aéroportuaire à l’échelle de la Wallonie, en concertation avec les niveaux fédéraux et européens. 

Enfin, nous en appelons aussi à un débat plus large sur la place que doivent continuer d’occuper (ou non) les deux aéroports wallons dans la stratégie de redéploiement socio-économique de la Région. Non seulement au regard des exigences de la transition écologique, mais aussi en étant attentif aux évolutions en cours à l’échelle du pays, du continent européen et de l’économie mondiale. Ce débat doit notamment inclure une réflexion sur la nature de nos besoins en matière de transports de marchandises et de personnes, sur le type de relations commerciales que nous souhaitons entretenir avec le reste du monde ou encore des critères écologiques, sociaux, économiques et éthiques que nous voulons voir respecter par les entreprises qui décident d’investir chez nous.  

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