« Grève » de soutien à l’aéroport de Liège : ne pas se tromper de combat

Ce mercredi 11 janvier 2023, la FGTB et la CSC ont annoncé un arrêt des activités pour la journée à l’aéroport de Liège. Cette « grève » vise à faire pression, non pas sur les employeurs, mais sur le gouvernement wallon pour qu’il revoie à la baisse les exigences du nouveau permis d’exploitation de l’aéroport. Ce faisant, les syndicats font malheureusement le jeu de la direction de l’aéroport et des multinationales qui y opèrent, au détriment des urgences écologiques et sociales actuelles.

Soyons clairs, nous comprenons et nous partageons les inquiétudes que soulèvent les possibles retombées du nouveau permis d’exploitation de l’aéroport de Liège sur les milliers d’emplois et de travailleurs qui en dépendent. Il serait tout bonnement inacceptable que ces derniers payent le prix des nouvelles contraintes qui pourraient être imposées et nous serons toujours aux côtés de celles et de ceux qui se battent pour que ce ne soit pas le cas.

Rappelons toutefois qu’en l’occurrence, les contraintes envisagées ne visent ni un gel, ni encore moins une réduction des activités de l’aéroport. Il s’agit uniquement d’imposer des limites à son futur développement, alors même que celui-ci pose déjà question en matière de soutenabilité écologique.

Mais surtout, nous regrettons que dans leur combat légitime, les syndicats choisissent de s’aligner purement et simplement sur le discours et les intérêts des multinationales comme FedEx, dont la seule préoccupation consiste à pouvoir continuer d’engranger un maximum de profits avec un minimum de contraintes, notamment environnementales.

Une grève pour les intérêts du patronat ?

Il y a un peu plus d’un an, FedEx annonçait la suppression d’environ 700 emplois sur le site de l’aéroport de Liège pour délocaliser une partie de ses activités à Paris. Cette décision, comme celle d’ArcelorMittal auparavant, illustre le peu de cas que ces entreprises font de « leurs » travailleurs lorsqu’il s’agit de maximiser leurs profits. Aujourd’hui, la même entreprise se permet, avec le soutien actif de la direction de Bierset, de menacer de quitter Liège si des limites lui étaient imposées concernant le développement futur de ses activités.

Que des multinationales fassent du chantage à l’emploi nous y sommes tristement habitués. Que les pouvoirs publics, à travers les instruments économiques qui nous appartiennent, épousent voire soutiennent les règles de ce jeu, nous luttons depuis longtemps déjà pour que cela change. Mais que des organisations de défense des travailleuses et des travailleurs, les syndicats auxquels nous sommes affiliés et affiliées, organisent une « grève » qui fait le jeu de ces profiteurs sans vergogne, cela nous ne pouvons l’accepter.

La grève, c’est l’arrêt des outils de production, c’est un moyen de rappeler au patronat que, sans les travailleuses et les travailleurs, aucune richesse n’est produite. La grève comme moyen de lutte ouvrière a permis d’arracher de nombreux droits sociaux aux employeurs. Elle a même récemment été reprise par des collectifs écologistes en vue de défendre une terre habitable. Qu’elle serve aujourd’hui à défendre les intérêts de ceux-là mêmes qu’elle devrait viser est tout simplement honteux.

Plus largement, reprendre les arguments de concurrence entre aéroports, entre territoires voire entre entreprises, c’est tendre le bâton pour se faire battre. La mise en concurrence est une décision politique, les organisations syndicales doivent pouvoir revenir à des positions de solidarité intersectorielle mais aussi internationale : c’est en luttant localement contre des monstres globaux que nous pourrons entraîner leur chute.

Une lutte pour des emplois durables

Redisons-le, nous partageons pleinement le souci pour le sort des familles qui dépendent des emplois à l’aéroport de Liège. Mais c’est précisément pour ça que nous refusons de creuser encore plus notre dépendance à des multinationales dont la délocalisation, la pression sur les conditions de travail et le saccage de l’environnement sont les armes de prédilection.

Nous souhaitons des politiques d’investissement public durable : que les millions engagés en faveur de l’aéroport, que les terres accordées aux multinationales et que les forces politiques soient mobilisés non pas dans le développement insensé du fret aérien et de l’e-commerce à la sauce Alibaba ou Amazon, mais dans des secteurs porteurs d’avenir pour les travailleuses et les travailleurs, pour la santé publique, le climat, la biodiversité, le vivant.

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : préserver des personnes – travailleurs et travailleuses, liégeoises et liégeois, commerçants et commerçantes, agriculteurs et agricultrices – des êtres vivants et des territoires – ici et ailleurs.

Le secteur aérien n’est pas un secteur d’avenir : les crises environnementales et climatiques nous le rappellent chaque jour avec plus de violence, et les normes internationales en discussion vont inévitablement finir par contraindre sérieusement ces activités. En tant que forces progressistes, syndicats, associations, partis de gauche, nous devons pouvoir proposer d’autres voies d’avenir que celles dont l’horizon est déjà révolu.

Signataires :

  • Marc Delrez, Professeur à l’ULiège ;
  • Tony Demonte, ex-Secrétaire général adjoint de la CNE (CSC) ;
  • Les « Jeunes Organisés et Combatifs (JOC) » – Wallonie-Bruxelles ;
  • Luc Joachims, membre de l’association d’éducation populaire éco-socialiste « À Contre Courant (ACC) » ;
  • Cédric Leterme, chargé d’étude au GRESEA ;
  • Christine Pagnoulle, secrétaire d’ATTAC-Liège et administratrice du CADTM ;
  • Le collectif « Stop Alibaba & Co » ;
  • Daniel Tanuro, auteur éco-socialiste et membre de la Gauche anticapitaliste.

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